NOTIONS DE MOLINOLOGIE

 

 

Dans les pays de langue d’oc, le fonctionnement d'un moulin repose sur  un tournant  composé, de bas en haut :

 - d’une roue hydraulique horizontale, la turbine, 

 - d’un axe vertical, 

 - et de deux meules

La meule supérieure tourne:  c'est la meule tournante ou courante, la meule inférieure est fixe : c’est la meule dormante ou gisante


 
 
 
 

     Des rouets aux turbines.


 

 

    Les rouets d'abord en bois, furent ensuite fabriqués en métal.
    L’eau, dirigée dans des conduites forcées, se jete sur les pales du rouet qu’il fait tourner. Le débit est commandé par des vannes situées à proximité immédiate du rouet, dont on pouvait ainsi régler la vitesse de rotation.

    Un peu de technique

  Burdin, un Français, ingénieur militaire, officier du corps royal des Mines et professeur à l'école des Mines de Saint-Etienne, soumit en 1822, à l'Académie des sciences une communication intitulée "Des turbines hydrauliques ou machines rotatives à grandes vitesse". Le terme turbine était né.

   Il employait ce terme pour désigner toutes roues à eau tournant à vitesse élevée. Les roues, qui tournaient rapidement, étaient des roues horizontales, donc à axe vertical et non pas des roues verticales, comme il y en a dans le nord de la France. Depuis, on applique le terme turbine, indifféremment à toutes les roues à arbre vertical et donc à roues horizontales qui présentent l'avantage de tourner légèrement immergées.
M. Burdin n'a fait inventer un terme à partir du mot latin turbo, qui désigne un objet tournant rapidement sur lui-même comme une toupie. Il n'a pas inventé une machine nouvelle, et personne n'en a vraiment inventé une. Les moteurs à eau, appelés jadis roues à eau, ont été perfectionnés par degrés successifs durant des années, grâce aux travaux de nombreux ingénieurs.  C'est par une longue série de mises au point, que ce type de moteurs est devenu, ce que l'on appelle aujourd'hui la turbine hydraulique.

   M. Lallé Antoine, en reconstruisant  vers 1838, entièrement l'usine de Murel (salle des turbines et des meules) a donc installé des turbines dont la vitesse peut atteindre près de 200 tours minutes. Nous ne parlerons donc pas de rouets ou rodets, mais de turbines.

( Pour davantage d'informations sur l'histoire de la turbine à eau : Norman (Smith), "L'histoire de la turbine à eau"dans Histoire de machines, la bibliothèque POUR LA SCIENCE, éditée par la revue  POUR LA SCIENCE, édition française de SCIENTIFIC AMERICAN, Paris, Belin, 1982, p. 55-61.)

 


 
 

MOULIN de MUREL : Les turbines sont du même type. On remarque que les pales ne sont pas tout à fait plates, afin de mieux recevoir l'eau.


 
 

MOULIN de MUREL : Deux turbines dans leurs coffres métallique. Les coffres permettent d'obtenir une plus grande presssion. L'eau s'échappe par des orifices situés en dessous.


 
 
 
 

MOULIN de MUREL : une turbine dans son coffre et son conduit d'arrivée d'eau.

On aperçoit la tige de la vanne, que l'on peut commander de la salle des meule. En la soulevant plus ou moins, on peut ainsi très simplement régler le volume de l'arrivée d'eau sur les pales de la turbine et donc sa vitesse.  


 
 
 

Les grains sont écrasés entre les deux meules.

 


L'axe vertical permet une transmission directe entre la turbine et la meule tournante.

Il n'y avait ainsi pas de déperdition d'énérgie, contrairement aux moulins à vent  et aux moulins du Nord de la France dont les rouets (et non pas des turbines) sont à l'extérieur du bâtiment, systèmes qui exigeaient l'utilisation d'engrenages.


 
 
 
 
 

MOULIN DE NIEL à Chauffour :(avec l'aimable autorisation de son propriétaire M. Valeille)

Une installation neuve : deux turbines et leurs vannes d'arrivée d'eau fermées. Les coffres n'ont pas été posés.

An premier plan, on voit l'axe vertical, qui relie la turbine et la meule tournante. 


 
 


MOULIN de NIEL 

Une vanne est ouverte. Un fort jet d'eau se jette sur les pales de la turbine.

MOULIN de MUREL

 

On voit au premier plan, l'axe vertical, qui relie la turbine, et traverse la meule dormante.


 

MOULIN de MUREL
 

L'escalier qui permet d'accéder aux turbines


 

MOULIN de MUREL 
 
 

une meule dormante solidement fixée. Vue prise des turbines.


 

Les grains sont versés dans une trémie


L'auget déverse les grains au centre de la meule tournante, l'oeillard

Les grains sont écrasés


La mouture (farine et son) tombe dans une caisse à bois, la huche.


Ne reste plus qu'à séparer les deux éléments dans un blutoir.


 

MOULIN de MUREL

 

Un tournant : on reconnait la trémie, l'enveloppe en bois des meules (l'archure) et la huche.

En bas à droite, les restes de la manette permettant de régler la hauteur de la meule tournante.

La huche a pour objet d'empêcher la mouture de s'échapper par les meules. 

MOULIN de MUREL : La trémie "Tacaud"

MOULIN de NIEL

Les grains de la trémie s'écoulent dans l'auget, un petit conduit en bois. Le réglage de la pente de l'auget par la cordelette, permet un écoulement plus ou moins rapide des grains dans l'oeillard.

MOULIN de NIEL

Le couvercle de l'archure, enlevé, permet de voir la partie supérieure de la meule tournante.

MOULIN de NIEL : Un blutoir

Pour séparer la farine du son, la mouture passe par u chassis octogonal sur lequel sont tendues des toiles de soie différentes : maille très fine, fine, grossière.
A droite la farine la plus fine, la farine réservée à la patisserie, au milieu, la farine panifiable, à gauche la repasse, qui comme son nom l'indique, était introduite une deuxième fois dans le blutoir.
Le son qui pouvait passer à travers aucune toile s'écoulait à gauche par une porte, ici fermée, dans un sac.

 

La salle des meules du moulin de Murel


Il est tel qu'il se présentait lors de son achat en 1964.
Il a trois tournants. Il avait autrefois en plus, un tournant à huile.

MOULIN de MUREL

Le blutoir

Il pouvait être actionné à la main ou par une courroie reliée à l'axe d'un tournant

Le moulin de Niel, très ancien a été reconstruit, bâtiments compris.

Les turbines, les vannes ont été posées.

Les meules dormantes sont en place.

Restent à poser les meules tournantes.


 

MOULIN de NIEL : une meule dormante est calée.


 

MOULIN de NIEL : la pose de l'archure d'un tournant.


 
 
 

   Les meules


 

   Pour obtenir la farine la plus fine, l’espace entre les deux meules devait être le plus faible possible, sans qu’il y ait le moindre frottement.

    La meule dormante était calée avec une très grande précision par des cales en bois. (elles n’apparaissent pas sur le schéma ci-dessous)Nous avons vu comment on pouvait régler, grâce à des leviers, la hauteur de la meule tournante par rapport à la meule dormante. Le parallélisme parfait entre les deux meules, était obtenu par des orifices percés dans la meule tournante, que l’on remplissait plus ou moins de plomb.

    Les surfaces de contact des deux meules n’étaient pas parfaitement planes, l’espace entre elles s’amenuisant vers l’extérieur. Elles n’étaient pas parfaitement lisses : on y traçait des rayons obliques entre lesquels on y piquetait une infinité de petits trous.

 

 

Les manettes qui règlent la hauteur de la meule tournante. (Moulin de Niel)

    Les grains se trouvent ainsi progressivement broyés un peu comme avec une râpe, de plus en plus finement, et expulsés par la force centrifuge de la meule tournant.

    L’espace entre les deux surfaces de contact, était tellement réduit qu’il était dangereux de faire tourner les meules quand il n’y avait pas de grains, sous peine d’usure prématurée et de risque d’incendie provoqué par des étincelles.

     Une clochette avertissait le meunier, lorsque les grains atteignaient dans la trémie, un certain niveau. 

    Un autre système très simple permettait au meunier de connaître, à tout moment, la vitesse de la meule tournante : c’était le tic-tac du moulin.

    Plus le réglage des meules était précis et leur piquetage bien fait, meilleure était la farine. Le moulin de Murel avait la réputation de donner une des meilleures farines de la vallée.

    Le piquetage des meules était variable selon les céréales. Ainsi, le moulin de Murel avait un tournant pour le froment, c’était « le rapide », un autre pour le méteil ou mescle, mélange de céréales pour les animaux, et une troisième pour le maïs, c’était « le tacaud »Elles ne tournaient pas forcément toutes en même temps, mais en fonction de la demande, et bien entendu, du débit du Vignon qui, comme tous les ruisseaux, n’avait qu’un filet d’eau en été.

    Les meules des moulins du Vignon proviennent des carrières de Domme en Périgord ou de Rocamadour en Quercy. Les mécanismes, qui datent du 19ème siècle, ont été montés par des spécialistes de Souillac. 

   Ces moulins, ont toujours été, dans leur très grande majorité, des moulins à grains. On leur ajoutait cependant fréquemment, un moulin à huile. Ainsi, l’administration préfectorale du Second Empire, dans ses statistiques, fait-elle allusion, pour le moulin de Murel à quatre tournants (trois pour le grain, une pour l’huile). 


 

 

    Le système hydraulique

La maîtrise de l’eau était une des préoccupations constantes des meuniers. Il leur fallait d’abord se protéger des crues, et ensuite s’organiser pour obtenir une arrivée d’eau aussi régulière que possible. Tout un système hydraulique était dont conçu et mis en place en fonction de la géographie des lieux. Cela pouvait entraîner de profonds bouleversements de la vallée. 
Ainsi, les moulins n’étaient en principe jamais construits sur le ruisseau lui-même, mais sur un canal parallèle. Des déversoirs et vannes, permettaient de régulariser l’arrivée de l’eau au moulin. Une retenue enfin, faisait office de réserve d’eau.

Tel n’est cependant pas le cas du Moulin de Murel. La Doue se jette directement dans la retenue, le ruisseau ne reprenant son cours naturel, qu’après passage de l’eau par les vannes et les déversoirs. La retenue fait office de canal d’amenée.


 

MOULIN de MUREL : deux vannes et un déversoir. Il y a un deuxième déversoir très important, car n'ayant pas de canal de dérivation, toute l'eau doit s'échapper vers le ruiseau.

Le système des vannes du moulin de la Borgne (vallée du Vignon)

 
 

Cette photo montre bien la situation du moulin de Murel.
La retenue est en surplomb dans la vallée.
Le Vignon se jette directement dans la retenue, sans qu'il n'y ait de canal de dérivation, le Vignon continuant son cours en passant par des déversoirs.
Cette situation ne porte pas atteinte à la salubrité du moulin, car il est construit sur une barre rocheuse, que l'on ne voit pas, mais qui est bien réelle. Bénéficiant de surcroît d'un ensoleillement tout à fait exceptionnel, il est remarquablement protégé contre l'humidité.
Signalons enfin, qu'en cas  d'inondation, le Vignon reprend ses droits.


 

Les moulins d’aval, étaient tributaires de l’arrivée des eaux du moulin d’amont. Le flux reçu variait en effet, selon les caprices du temps, mais aussi, selon l’activité de chaque moulin qui, à chaque éclusée, libérait rapidement un grand volume d’eau. C’était surtout important lorsque le débit du ruisseau était relativement faible. Une partie de l’eau risquait en effet d’être perdue, rejetée par les déversoirs. Un seul moulin était libéré de cette deuxième contrainte, le premier moulin d’amont. C’était le cas du moulin de Murel.

Il fallait donc que chaque moulin d’aval soit avisé des intentions de son moulin d’amont. Cela n’était généralement pas le cas. Ainsi, au moulin de Beyssac, la «mémé», de sa chambre qui dominait le canal d’amenée, était chargée, tout en tricotant, de prévenir de l’arrivée de l’eau à l’aide d’une clochette. Étaient relativement protégés, les moulins dont la retenue était importante.

La hauteur et largeur des vannes et déversoirs, ainsi que la capacité des retenues, furent donc réglementés. Les propriétaires des moulins devaient, au XIXème siècle, obtenir le règlement des eaux de leur moulin, par la délivrance d’un certificat de récolement.

 

La procédure était la suivante :

1- Rapport de l’«ingénieur ordinaire» après examen des lieux, et enquête auprès des personnes intéressées, en particulier les propriétaires des moulins d’aval et d’amont.

2- Publication par affichage, à la mairie, du projet de règlement, précisant les travaux à effectuer.

3 - Arrêté préfectoral de leur mise en exécution, dans un certain délai.

4 - Contrôle sur les lieux de leur achèvement.

5 - Délivrance du certificat de récolement.


 

Voici le procès-verbal de récolement du moulin de Beyssagou, un des moulin de la vallée du Vignon, qui est un modèle du genre, tant par sa rigueur, que par l’excellence de la calligraphie des divers rédacteurs. On y distingue deux colonnes, une rappelant la nature des travaux prescrits par «l’ingénieur ordinaire», l’autre constatant leur bonne exécution. Tous les calculs de niveaux étaient effectués à partir d’un repère, qui pouvait être, par exemple, comme dans le moulin de Beyssac, l’accoudoir de la fenêtre du rez-de-chaussée ou le niveau supérieur d’un pont, comme au moulin de Murel.


 
 



 

Malgré tout, des conflits naissaient, par suite d’erreurs ou d’imprécisions dans les procès-verbaux de récolement. 
Des meuniers pouvaient utiliser également une grande quantité d’eau pour irriguer leurs terres, eau perdue pour les autres moulins.
Il était plus étonnant de voir naître des conflits naître par suite d’une mauvaise conception des ouvrages régulateurs. Ainsi, les relations entre les deux moulins du Pic, ont-elles été, de tout temps, empoisonnées. Construits en même temps, par un même propriétaire, à 174 mètres de distance, sur le même canal, l’alimentation en eau du moulin Bas était assurée par un aqueduc percé sous le moulin Haut. En période de basses eaux, le moulin Haut voyait donc toute son eau disparaître et sa réserve se vider. Lorsque les deux moulins eurent des propriétaires différents, il était tentant pour le propriétaire du moulin Haut, d’obstruer l’aqueduc de grosses pierres ou d’installer des vannes. Ce qui n’a pas manqué de se produire. L’alimentation en eau du moulin Bas n’était donc plus assurée. Une bonne entente entre les deux propriétaires était nécessaire. Plus facile à dire, qu’à faire. Il était tentant, enfin, pour le moulin Haut, d’accroître la capacité de sa réserve, en rehaussant le niveau de ses murs et déversoirs. Mais alors, il risquait de voir refouler l’eau vers le moulin d’amont, ce qui gênait le bon fonctionnement de son usine.

 

L’administration, d’autre part, veillait à l’entretien régulier du Vignon. Des arrêtés organisaient des opérations de curage, auxquelles étaient assujettis les propriétaires des moulins et les riverains.

Ainsi, en 1933, à la suite d’une lettre signalant que le ruisseau était devenu trop étroit, et que certains pêcheurs avaient établi des barrages qui pouvaient avoir pour effet de provoquer des inondations, un ingénieur est désigné pour dresser un état des lieux.

Entre la limite des Quatre Routes et le moulin de La Borgne, le ruisseau est dans un état satisfaisant. 

En amont de La Borgne, et en aval de Friat, il y a des dépôts divers, et le lit est rétréci, jusqu’à deux mètres. Le curage est donc nécessaire dans cette portion.

En amont de Friat, le ruisseau est encaissé. Le curage n’est pas utile.

Les barrages signalés sont de gros blocs, posés depuis très longtemps. Les pêcheurs y mettent des nasses. Il n’y a pas de barrage récent. Aucune modification n’a été apportée, par les propriétaires, au cours de l’eau, et le niveau est légal. 

Un arrêté du 7. 10. 1933, prévoit le curage par les riverains, entre le moulin de La Borgne et Friat, sur une longueur de 1500 mètres. Les travaux doivent être terminés le 1. 03. 1934.